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Femmes en souffrance (Isabelle FABLE)

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Extrait

femme qui rouille
et se verrouille
au hamac de ses illusions

amour passé au laminoir
du temps qui passe
et qui repasse

sucre impalpable des secondes
agglutinant la vie
en flocons charbonneux

harponné
le sourire étriqué d'un bonheur
fugitif
élastique à craquer
écuelle éculée que l'on brise au talon
l'amour se rêve et se décline à deux
et je ne suis plus qu’une

la femme salamandre
reptile verglacé
vertige aux reins glacés
habille de bleu les cœurs fragiles
et les abîme dans le soir
en coulées de miel noir

poing sur le nez
framboise écrabouillée
dégouline le sang
ravine la babine
aux sillons martelés

aveugle et sourd il frappe
et se déchaîne à l’infini

la femme plie
la femme ploie
la femme meurt
épongée par les murs
qui la boivent

alcôve sans issue
impasse perd et passe
silence de la mère
sous les yeux des enfants
bâillonnés d’impuissance
qui n’osent pas pleurer 

femme d'espace au grand galop
dans les prairies de liberté
l'œil violet
l'œil violent
voulant
volant
toujours plus loin

prise au lasso
par un enfant
dans la poussière du matin

a remisé ses grands élans
et s'est attelée au berceau

dans l'espoir fou de l'emmener
dans les prairies de liberté 
Titre : Femmes en souffrance
Auteur : Isabelle Fable
Illustrations : Olivier Fable
Collection : Le Coudrier
Format : 14 x 20,5 cm
104 pages dont 4 illustrations couleur
sur papier Canson 160 gr
Prix TTC : 12 euros
ISBN : 978-2-930498-12-6


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Isabelle Fable, c’est une voix. Ou plutôt un cri. Le cri des femmes qui n’ont pas eu l’occasion, suite à ce qu’il est convenu d’appeler pudiquement les « circonstances de la vie », dirons-nous les « choses de la vie » ?, de se réaliser pleinement. De toutes celles qui portaient en elles ce don précieux de l’écriture et qui ont osé crier, gémir, se plaindre, mettre en accusation l’éternel masculin.
La moquerie est facile ; il est facile aussi de rejeter dans un passé révolu cette querelle qui, en fait, ne vous en déplaise, messieurs, est toujours actuelle. Passé révolu ? Mais il est un fil rouge qui, dans notre littérature, va de Marie de France et Louise Labé à Marcelline Desbordes-Valmore, à Louise Michel, à Flora Tristan, à bien d’autres aujourd’hui.
Notre époque, férue de modes nouvelles, et qui abhorre les rappels et les redites, peut bien rejeter cette plainte, qu’elle soit sourde ou à voix pleine, au rayon des vieilles lunes. Il se trouvera toujours une femme, que ce soit au 13e siècle ou au 21e, pour relever le gant. Pour redire, à toute force, l’inacceptable.
Et quoi d’étonnant si cette plainte revêt une forme très classique, sans fioritures, sans accroche-coeur, bien loin de tout hermétisme ? Ici, métaphores vives, allitérations, effets de rythme, recherche de vocabulaire n’ont rien d’hermétique. Tout bois est bon à brûler et tout alimente le même foyer. Ce sont les mots même du quotidien qui alimentent le foyer. Et si parfois la plainte nous fait mal, à nous aussi, nous gêne et nous dérange, n’est-ce pas que nous sommes allés trop loin, peut-être, dans le sens de la légèreté et de la futilité ? »
(Extrait de la note de lecture de Joseph Bodson, parue dans la revue « Nos Lettres » n°11 - novembre 2008)

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