Editions Le Coudrier
Nous écrire
  • Accueil
  • Prix de poésie Jean-Michel Aubevert
  • A propos
  • Catalogue
  • Les Auteurs
  • Les Livres
  • Acheter un livre
  • Ils en parlent

Le mur du son-je (Agnès BOUTTEE)

Photo
Extrait

J’ai été élevée comme une princesse africaine avec une peau noire très intérieure et une conception de la négritude très affichée, mon sang épais, chaud et lourd de sens projetant des tentacules à la surface de mon épiderme médusé.

Je suis la figure de proue d’une Afrique pénétrée de sentiments espagnols grâce au rail sans soudure du transsaharien (merci grand’père Mahaut, le monde ne sait pas ce qu’il te doit). 

Et elle s’est un jour figurée à la place de l’Espagne, aveuglée qu’elle était par la position des tirailleurs sénégalais et abasourdie par le flamenco endiablé des plaques telluriques. 

Je suis donc une madrilène aux côtes d’ivoire.
Les Espagnols ont essaimé aux quatre coins du globe. C’est ce que j’aime en eux, ils ont la semence généreuse et libre comme celle du pissenlit qui sème à tout va, le nez au vent.

Ils ont la semence généreuse mais sélective et opérant le contournement de l’autochtone ; pas de sang mêlé, juste une invasion de spanish gènes qui fait glisser imperceptiblement l’hyperréalisme vers le cubisme.

Un jour, les plaques ont cessé de s’entrechoquer et cet immobilisme soudain m’a fait verser dans une mer d’huile comme un sésame pour l’autre monde. N’eût été l’attaque des soles en ébullition car elles préféraient l’olive, je manquai d’en rire.

Obligée de faire du ship stop pour me retrouver au sec, j’ai croisé « Les mains sales », le bateau qui emmène les innocents à Ellis Island. C’est là que j’ai débarqué en Amérique, longtemps après que les compagnons de Jessé de Forest m’eurent ouvert la voie.

Mon Amérique a pris le visage d’une salamandre comme il en existait dans l’Avesnois, terre épinglée au sud du nord et nourrie d’imaginaire.

La salamandre avait la réputation de tirer la langue à qui lui marchait sur la queue et de porter bonheur à qui s’armait de son pied gauche. Je n’ai pas failli à cet usage.

Urban Jungle, nom propre à lui faciliter l’immersion en milieu urbain et sonnant comme une pompe à essence un soir de mai, m’indiqua la direction, celle d’une carrière troglodyte.

Y avaient élu domicile des dirty dancings pour patates chaudes et fèves tonka, le CBGB, le Max’s Kansas City, le studio 54. Ellis Island regorgeait d’Avesnois en mal d’histoires avortées.

Titre : Le Mur du son-je
Auteur : Agnès Bouttée
Illustrations : Hervé Fléchais
Collection : Coudraie
Format : 14 x 20 cm
52 pages 
Prix TTC : 12 euros
ISBN : 978-2-930498-14-0

D'autres livres du même auteur

Née avesnoise en punkitude, l’auteure a ses entrées dans la paraculture amerloque, version périphérique. Elle n’est sur ce point pas avare de références, grunge limite strass. Tel est le bocage où elle gamberge de vastitudes et tague ses méninges. Dans un baroquisme hétéroclite et cosmopolite, elle goûte avec Alice au fruit strange du pays des merveilles, femme-sandwich au pays de Swift. Il ne manque que la reine rouge d’Alice pour décolleter John Wayne, le scalp ras le génocide, le mustang fendant l’american subway of life sous la crinière vert fluo.
© Editions Le Coudrier | Design : Myril 2014
Propulsé par Créez votre propre site Web à l'aide de modèles personnalisables.